chroniqueur


Al Qods : La décision catastrophique de Donald Trump

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

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Le 15 Mai de chaque année les Palestiniens commémorent la Naqba (catastrophe) qui a frappé la Palestine en 1948 entraînant l’expulsion par les Israéliens de 700.000 Palestiniens hors de leurs foyers. On peut considérer le Mercredi 6 Décembre 2017 comme une seconde Naqba pour les Palestiniens. En effet c’est ce dernier jour où Donald Trump Président des Etats-Unis a reconnu officiellement Al Qods capitale d’Israël, et donné ses instructions pour le transfert de l’Ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

Rappelons que Al Qods-Est a été occupée par Israël lors de la guerre des six jours en 1967, puis annexée et déclarée « capitale éternelle et indivisible d’Israël ». La communauté internationale n’a pas reconnu la souveraineté d’Israël sur la totalité de la ville, qui abrite les lieux saints pour le trois religions monothéistes. Même les Présidents américains qui ont précédé Donald Trump n’ont jamais osé le faire. Dans la résolution très explicite 2234 adoptée il y a à peine un an (23 Décembre 2016), le Conseil de Sécurité de l’ONU a indiqué « qu’il ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 Juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celle convenues par les parties par la voie des négociations ». En prenant sa décision, Donald Trump vient de passer outre cette résolution et toutes les autres résolutions du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU. Pourtant la communauté internationale toute entière sauf Israël n’a cessé de mettre en garde Donald Trump contre cette décision. Le Roi Mohammed VI en tant que Président du Comité Al Qods a adressé lundi 4 Décembre 2017 un message à Donald Trump, où il a exprimé sa profonde préoccupation personnelle ainsi que la grande inquiétude pour les Etats et les peuples arabes quant à la décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.
A part le Premier Ministre israélien Netanyahu qui a salué la décision de Donald Trump « d’historique » toute la communauté internationale a condamné l’initiative du Président américain.
Tout d’abord les Palestiniens par la voix du Président Mahmoud Abbas qui a déploré que cette décision des Etats-Unis sape tous les efforts de paix, et que les Etats-Unis ne peuvent plus jouer le rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Il a par la suite refusé de recevoir le Vice-Président Mike Pence qui doit effectuer une tournée dans la région du Moyen-Orient. Le Secrétaire Général de l’OLP de son côté Saëb Erekat a estimé que cette décision de Donald Trump a détruit la solution à deux Etats. Hamas qui gouverne la Bande de Gaza a lancé un appel pour une nouvelle Intifada contre Israël, et a demandé aux pays arabes et musulmans d’expulser les ambassadeurs américains. L’Arabie Saoudite pourtant alliée des Etats-Unis, a exprimé ses profonds regrets devant cette décision injustifiée et irresponsable. L’Iran a qualifié cette décision de provocation qui va pousser à des comportements plus radicaux, et davantage de colère et de violence. La Jordanie de son côté considère que cette décision est une violation du droit international et de la Charte des Nations-Unies. Même condamnation de la Turquie qui considère que cette décision est contraire au droit international et aux résolutions de l’ONU. La Tunisie dénonce une atteinte primordiale au statut juridique et historique de la ville de Jérusalem. Le Liban dénonce cette décision et annonce sa pleine solidarité avec le peuple palestinien.
Le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterres a déclaré que le statut d’Al Qods ne peut être résolu que par une négociation directe entre Palestiniens et Israéliens, et qu’il n’y a pas d’alternative à la solution à deux Etats. L’Union européenne craint les répercussions que cette décision peut avoir sur les perspectives de paix. Le Président français Emmanuel Macron a qualifié de regrettable cette décision de Donald Trump, et a rappelé l’attachement de la France et de l’Europe à la solution à deux Etats. De son côté le gouvernement allemand ne soutient pas cette décision, ainsi que le gouvernement britannique qui estime qu’elle n’est d’aucune aide pour la paix dans la région. Enfin l’Italie estime que le futur de la ville d’Al Qods ne peut être défini que dans le cadre d’un processus de paix basé sur les deux Etats.
En conclusion, on ne peut que condamner cette décision de Donald Trump qui est illégale sur le plan du droit international, qui ne va servir aucunement à la recherche de la paix pour ce contentieux israélo-palestinien qui dure plus d’un demi-siècle. Elle va au contraire encourager les éléments les plus radicaux du côté palestinien, entraîner de nouvelles violences sinon l’embrassement de la région, et stopper la solution à deux Etats. Cependant cette décision de Donald Trump est une arme à double tranchant. Elle va en effet remettre à jour le conflit israélo-palestinien, qui était quelque peu mis de côté au vu de la montée de l’instabilité dans la région du Moyen-Orient et du développement du terrorisme. Il faut espérer qu’elle provoque un choc sur le plan mondial qui oblige les Israéliens à reprendre des négociations sérieuses avec les Palestiniens, y compris pour le statut final de Jérusalem. L’Europe doit prendre l’initiative et jouer un plus grand rôle pour la solution du conflit israélo-palestinien.

EVENEMENTS

Conférence-Débat
au siège de l'IMRI
le Mercredi 13 Décembre 2017 à 19h00

« L’OMC : Quelles perspectives après l’élection de Donald Trump ? »
par Jean-Claude Martinez
Professeur Émérite à l’Université Paris II.



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