chroniqueur


FORUM IMRI CASABLANCA
" Les expériences étrangères de modèle de développement : Quel modèle pour le Maroc ? "
COMPTE-RENDU ET RECOMMANDATIONS
En partenariat avec la Fondation Hanns Seidel.

22 et 23 Juin 2018
Hôtel Lido Bd de la Corniche Casablanca

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Dans son discours devant le Parlement le 13 Octobre 2017, le Roi Mohammed VI a considéré que le modèle de développement du Maroc s’est essoufflé, et a appelé à la conception d’un nouveau modèle de développement selon une approche participative incluant l’ensemble des composants du pays. C’est dans ce cadre que l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales) a organisé son Forum annuel les 22 et 23 Juin 2018 à Casablanca sur le thème « Les expériences étrangères de modèle de développement : Quel modèle pour le Maroc ? ».

Lors du Forum, un certain nombre des modèles de développement étrangers ont été étudiés, non pour les copier, mais pour s’inspirer des modèles qui ont réussi en vue de définir un nouveau modèle pour le Maroc conforme à ses propres spécificités. Pour l’Asie, le choix s’est porté sur la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, le Vietnam et le Singapour. La Chine qui demeure sous un régime communiste, a incontestablement réussi son développement économique et social. Ayant pris l’option de l’économie de marché, elle a modernisé son industrie destinée à l’exportation, offrant sur le marché international des biens et services avec le meilleur rapport qualité/prix. Les moyens pour parvenir à cet objectif ont été un management efficient public-privé issu d’un système éducatif performant, et un budget conséquent consacré à la recherche et au développement. Elle a pu aussi sortir de la pauvreté des millions de chinois, et se classe actuellement la deuxième puissance économique mondiale, en attendant de devenir la première dans quelques décennies. Le Vietnam a suivi la même approche que la Chine en adoptant l’économie de marché et a obtenu des résultats remarquables en quelques années. L’inde a connu de son côté des progrès considérables dans son développement économique et social, avec l’avantage d’avoir une population plus jeune que celle de la Chine, et surtout un système politique qui en fait la plus grande démocratie du monde. Plus proche de nous, car ce n’est pas un géant démographique comme la Chine et l’Inde, la Corée du Sud est un cas d’Ecole dont le Maroc peut s’inspirer utilement. En effet, ce pays avait le même PIB par habitant que le Maroc dans les années soixante, et se trouve actuellement avec un PIB par habitant dix fois supérieur à celui de notre pays. Les clés de la réussite de la Corée du Sud sont le capital humain avec un système éducatif performant, la recherche et le développement favorisant l’innovation, et un partenariat public-privé qui a fait éclore des Groupes coréens à l’échelle internationale. De même, une lutte implacable contre la corruption y compris la présidente de la République a été mise en place, ainsi qu’une répartition équilibrée des revenus aussi bien sur le plan social que territorial. La Cité-Etat de Singapour d’une superficie inférieure à 800 km2 et une population de 5,8 millions d’habitants, est également un exemple de réussite de modèle de développement, axé sur le système éducatif et la constitution d’une plaque tournante commerciale et financière performante entre la zone Pacifique et l’Europe. Singapour dispose du troisième PIB par habitant dans le monde, et du deuxième port mondial en termes d’exportation et de trafic maritime.
Le Forum a passé également en revue quelques modèles de développement en Afrique et en Amérique. L’Afrique qui a connu une croissance remarquable durant la dernière décennie se transforme progressivement sur le plan économique. Cependant, il n’y a pas un modèle de développement commun en Afrique, sauf la nécessité pour tous les pays africains de s’industrialiser pour transformer les matières premières en produits finis avant leur exportation. Cependant les défis sociaux en Afrique sont importants : démographie galopante, lutte contre la pauvreté, insuffisances de la santé publique. D’où la nécessité de fédérer les efforts de tous les pays africains pour parvenir à des résultats concrets. Concernant l’Amérique, le cas du Brésil a été étudié sur trois aspects positifs : le développement du secteur agricole, l’utilisation de biocarburants favorable à l’écologie, et la « Bolsa Familia » : aide directe aux familles nécessiteuses à condition de maintenir les enfants à l’Ecole. Pour ce qui est du modèle européen, le Forum a noté la crise que subit actuellement l’Union européenne du fait de la montée du populisme et du manque de solidarité sur les questions de migration, notamment de la part des pays de l’Est-européen. Par contre, le modèle de développement allemand a été favorablement évalué, du fait de la rigueur budgétaire, de la qualité du travail, de l’entente patronat-syndicats, du système éducatif basé sur l’apprentissage et la formation professionnelle, et enfin sur la régionalisation avec de larges pouvoirs accordés aux Länder.
Comme l’a souligné le Roi Mohammed VI dans son discours du 13 Octobre 2017, le modèle de développement actuel s’est essoufflé et présente de nombreuses défaillances. Il s’agit tout d’abord de la faiblesse chronique de la croissance économique, et son extrême volatilité qui dépend de la campagne agricole. La croissance moyenne 2010-2018 et de 3,52 %, ce qui est insuffisant pour les besoins de création d’emplois. C’est ainsi qu’on compte 13 millions de marocains inactifs et 1,3 million en chômage. Les jeunes de 15 à 24 ans sont 1,7 million qui ne sont pas scolarisés, n’ont pas d’emplois et ne sont pas eu formation. Faute d’emplois légaux, 2,4 millions de personnes travaillent dans l’économie informelle sans aucune protection sociale. Ce manque d’emplois et de revenus entraîne 1,6 million de marocains en situation de pauvreté absolue, et 4,2 millions en situation de vulnérabilité. Ces chiffres indiquent de grands inégalités sociales qui sont également territoriales : alors que la zone côtière est relativement développée, les régions intérieures sont le plus souvent sous-développées. A ces défaillances s’ajoutent la déficience du système éducatif et de la gouvernance, l’insuffisance de la diversification productive, le manque de compétitivité et la faiblesse du secteur exportateur. D’autres critiques ont été adressées au modèle de développement actuel : la faible convergence des standards vis-à-vis des pays émergents, l’insuffisance d’attractivité des IDE, la faiblesse des rendements des investissements publics, et la détérioration des équilibres financiers.
Le nouveau modèle de développement proposé s’appuie sur les éléments suivants :
- Afin d’éviter une « fracture sociale », établir une vision à l’horizon 2030 définissant un projet de société avec des objectifs précis sur le plan politique, économique et social. L’établissement de cette vision et du projet de société est indispensable pour rétablir la confiance entre l’Etat et la population. Les priorités doivent être : l’augmentation du revenu du plus grand nombre de citoyens, la création d’emplois, la diminution des inégalités sociales et territoriales.
- Primauté au capital humain par la réforme du système éducatif et de la formation professionnelle afin d’assurer une adéquation avec l’emploi disponible, et en réservant une large place aux langues étrangères pour s’intégrer dans la mondialisation.
- Baser la croissance économique, outre le marché intérieur et les investissements publics, sur l’export et l’investissement privé qui crée plus d’emplois. Ouverture prudente sur l’extérieur et renforcement de l’intégration régionale africaine et maghrébine.
- Mettre en œuvre la régionalisation et donner la priorité aux projets d’investissements dans les zones défavorisées. Accélérer le programme d’investissements dans les Provinces du Sud dont le montant a été porté à 81 milliards de dirhams à l’horizon 2020.
- Elargir et rendre plus efficient l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain) pour lutter contre la pauvreté. Augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne : relèvement des salaires, diminution des impôts sur les bas revenus, extension de la protection sociale, amélioration de la qualité du fonctionnement des écoles publiques et des hôpitaux. Créer un Observatoire pour le suivi des inégalités sociales.
- Augmenter la compétitivité de l’économie marocaine par l’amélioration du climat des affaires, une diminution de la fiscalité sur les entreprises, des mesures incitatives pour la recherche/développement. Cette augmentation de la compétitivité et de la production permettra de diminuer les importations et de stimuler les exportations.
- Améliorer la gouvernance publique par l’utilisation des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), lutte implacable contre la corruption, renforcement de l’Etat de droit, reddition des comptes concernant l’action publique et exemplarité.
- Ramener le secteur informel vers la légalité, et revoir le rôle de l’Etat qui doit devenir plus stratège, facilitateur, régulateur, partenaire, plutôt que développeur. Encourager l’auto-entreprenariat, les PME, les TPE, les Start-up, et l’économie sociale et solidaire.
- Donner la priorité à l’industrialisation qui crée de la valeur ajoutée et des emplois permanents, et qui diminue la dépendance de la croissance économique vis-à-vis de l’agriculture.
- Assurer une meilleure convergence des plans sectoriels : agriculture, pêche, services, énergies renouvelables et principalement l’économie numérique et la digitalisation. Un intérêt particulier doit être accordé à l’agriculture du fait que 40% de la population vit dans le monde rural, et afin d’assurer le plus possible la sécurité alimentaire.
- Renforcer les équilibres financiers par une réforme fiscale élargissant l’assiette de l’impôt, et réduisant le train de l’Etat, les fraudes et les fuites de capitaux.
- Toutes ces mesures doivent être prises dans le cadre d’un partenariat constructif entre Gouvernement, Parlement, Patronat et Syndicats.

EVENEMENTS

Conférence-Débat
au siège de l’IMRI
Samedi 14 Juillet 2018 à 10h00 du matin

« Aperçu sur la finance participative : Financement par les Sukuk »
par Mr Fouad BENDI
Secrétaire général de l’IMRI
Directeur Adjoint de Maghreb Titrisation.



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