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Menaces des jihadistes de Boko Haram
et de l’Etat islamique
Que faire ?

Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

Deux mouvements islamistes extrémistes Boko Haram et l’Etat islamique menacent l’Afrique et le Moyen-Orient.
Boko Haram (qui veut dire Occident péché) a débuté ses activités en 2002 sous l’impulsion de Mohamed Youssouf au Nigeria, et a pour but de déstabiliser le pouvoir central en vue d’instaurer la Charia. Ce mouvement peut être assimilé à une secte du fait de son intransigeance religieuse, le culte du chef, l’endoctrinement, l’intolérance et la vie en vase clos. Au départ proche d’Al Qaida, il s’en est détaché après la proclamation du Califat islamique par Abubakar Shekau. Faiblement armé à ses débuts, Boko Haram a commis plusieurs attentats dont le plus spectaculaire a été en 2011 l’attaque des bureaux de l’ONU à Abuja, capitale du Nigeria. A mesure où ses ressources financières augmentaient en provenance d’Aqmi, des pillages des banques, et des rançons, Boko Haram s’est fortement armé et a conquis des territoires dans le Nord Est du Nigeria, dans la région de Borno à la frontière du Niger, Tchad, et Cameroun. Depuis 2009, on estime les exactions de Boko Haram à 10.000 morts, 650.000 déplacés, et 200 lycéennes kidnappées à Chibok en Avril 2014. Les effectifs de Boko Haram sont estimés à 30.000 hommes, et son succès est dû aux faiblesses de l’état nigérian incapable de maintenir l’ordre et de gérer ce conflit du fait d’une forte corruption. Alors que le budget militaire du Nigeria est estimé à 6MM de $, l’armée nigériane est mal formée et mal équipée.

Pour ce qui est de l’Etat islamique un bref historique s’impose. Après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, a été créée en 2004 la Jamaat Attawhid wa Al Jihad qui avait fait allégeance à Al Qaida. En 2006, cette organisation rompt avec Al Qaida et fût créé l’EII (Etat Islamique en Irak). De l’autre coté de la frontière en Syrie, est apparu contre le régime de Bachar Al Assad, le Front Al Nosra mouvement extrémiste d’obédience religieuse. EII et le Front Nosra fusionnèrent pour constituer EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant). Le 5 Juillet 2014 dans la Grande Mosquée de Mossoul Abou Bakr Al Baghdadi s’est proclamé Calife des musulmans, et EIIL s’est transformée en EI (Etat Islamique). EI a réussi à conquérir plusieurs villes dont Mossoul et Tikrit, occupant 40% du Nord de l’Irak et 25% de la Syrie. Il a commis des exactions abominables contre les chiites et les non-musulmans, et a fait décapiter deux journalistes américains et un travailleur humanitaire britannique.
Les deux califats instaurés au Nigeria et au Levant ont des similitudes : imposition de la loi islamique dans sa lecture la plus rigoriste, l’attaque des armées étatiques, le massacre de milliers de civils, et la diffusion de scènes d’exécution par l’intermédiaire de vidéos. Ceci s’explique également par des causes communes dans les deux régions. En effet aussi bien en Irak, au Nigeria qu’en Syrie, ces Etats n’ont pas réussi depuis leur indépendance à constituer des régimes démocratiques, fondés par l’identité citoyenne égalitaire en droits et en obligations. Du fait de la mauvaise gouvernance et de la corruption, les succès économiques dans ces pays n’ont pas été en rendez-vous, entraînant une grande misère pour la majorité de la population. De plus, l’éducation n’a pas été généralisée et reste de qualité médiocre. A cela s’ajoute la géopolitique étrangère basée sur la défense des intérêts égoïstes des Etats, et sur le soutien inconditionnel de l’Occident à Israël. Il s’en est suivi une accumulation de frustrations qui ont été canalisées par les mouvements islamistes au détriment des partis démocratiques et modernes.
Face à cette situation dangereuse pour le monde entier, la communauté internationale doit agir vigoureusement pour éradiquer à la fois Boko Haram et l’Etat islamique. Pour le Nigeria, il s’agit de mettre le gouvernement nigérian devant ses responsabilités et de l’aider à former et équiper son armée. Cette aide doit provenir à la fois de l’Afrique et des grandes puissances internationales. Pour ce qui est de l’Etat islamique, le Président Obama dans son discours du 10 Septembre 2014 a exprimé sa détermination à détruire l’Etat islamique, mais sans troupes américaines au sol. Les Etats-Unis ne veulent pas agir seuls et tentent de former une coalition comprenant des pays arabes et européens. D’ores et déjà, dix pays arabes ont confirmé leur soutien sous une forme ou une autre. Il s’agit des pays du Golfe, de l’Egypte, de l’Irak, du Liban et de la Jordanie. L’Angleterre et la France sont également prêts à participer à des frappes aériennes, tandis que la Turquie veut se limiter à l’aide humanitaire, et que l’Egypte n’a pas encore précisé les formes de son soutien. Mais les frappes aériennes ne sont pas suffisantes pour reconquérir les territoires occupés par l’Etat islamique. Il faudrait soit équiper solidement l’armée irakienne et kurde, soit y a adjoindre des troupes provenant d’autres pays. Les frappes aériennes sur la Syrie posent également problème. Alors que le Président Obama a indiqué qu’il n’hésiterait pas à frapper la Syrie, l’Angleterre et la France s’abstiennent pour le moment. Les jours et les semaines à venir vont montrer la consistance de la coalition qui est en train d’être mise en œuvre à la suite du Sommet de Paris du 15 Septembre 2015. Outre la contre-attaque militaire contre l’Etat islamique, il faudrait assécher le financement de ce mouvement terroriste, affaiblir le courant des filières jihadistes en provenance des pays arabes et de l’Europe, et mener par les autorités musulmanes compétentes une offensive idéologique pour démontrer que le mouvement Daach n’a rien d’islamique.

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