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Après le Brexit :
Quelle croissance pour l’économie mondiale et pour le Maroc ?

Par Jawad KERDOUDI,
Professeur de Relations internationales et Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

Rappelons que le référendum sur le Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne) a eu lieu le 23 Juin 2016 avec un taux de participation de 71,8% et un vote positif de 52%. Immédiatement, les marchés financiers des pays développés ont chuté de 5%, l’indice FTSE 250 de Londres a baissé de 15%, et la livre Sterling a diminué de 10%. La peur a été forte d’une véritable catastrophe rappelant la crise financière 2007-2008. Cependant le choc étant prévisible, les opérateurs des marchés financiers s’étaient préparés à faire face à cet événement. Les banques centrales, notamment celle de Londres, ont joué un rôle déterminant en mettant à la disposition des banques commerciales toutes les liquidités nécessaires. Finalement, il y a eu plus de peur que de mal, d’autant plus que le statut des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est resté inchangé. En effet, ce n’est que début 2017 que le Royaume-Uni va demander officiellement sa sortie de l’Union européenne, et il est prévu une période de négociations de deux ans.

Tenant compte de cette situation, le G20 qui s’est tenu à Hangzhou en Chine les 4 et 5 Septembre 2016 a prévu selon les recommandations du FMI une croissance de l’économie mondiale de 3,1% en 2016 et 3,4% en 2017. La Chine qui présentait une situation économique inquiétante début 2016 a pu parvenir à une certaine stabilisation de son économie. Le G20 comme à son habitude a mis l’accent sur les dangers de l’excès de la relance par la politique budgétaire. Il a de nouveau recommandé d’éviter la guerre des monnaies par les dévaluations compétitives, et de renforcer la transparence financière par la lutte contre les paradis fiscaux. Il s’est prononcé enfin pour l’usage accéléré des DTS (droits de tirage spéciaux) du FMI qui comprennent maintenant le Yuan, la monnaie chinoise. Le FMI de son côté prévoit une croissance de 2,2% en 2016 pour la zone euro, et une récession pour le Brésil et la Russie. En définitive, le G20 de Hangzhou n’a pas pris de décisions concrètes pour la relance de l’économie mondiale.
Plus pessimistes on été les conclusions du rapport de l’Assureur-crédit Euler Hermes intitulé « La croissance à quel prix ? ». Ce rapport met en exergue les dangers d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise et de la baisse des matières premières, notamment le pétrole. Contrairement au FMI, Euler Hermes pense que la croissance mondiale ne devrait être que de 2,4% en 2016 et 2,7% en 2017. Soit une baisse significative par rapport à la moyenne de la croissance mondiale qui était de 3,7% pendant la période 1990-2007. Le rapport cite pour expliquer ses prévisions entre autres les difficultés du secteur bancaire italien, la situation actuelle en Turquie après le coup d’Etat, et les élections présidentielles américaines en cas de victoire de Donald Trump. Le FMI met en garde de son côté sur le surendettement des secteurs publics et privés, et le déséquilibre des bilans des institutions financières. Il s’ensuit une faiblesse de la demande qui agit sur le commerce international qui croîtra de 2,2% en volume en 2016, mais qui devrait se contracter de 2% en valeur du fait de la baisse des prix. D’ailleurs, la faiblesse des prix et des taux d’intérêt n’encourage ni les investissements ni la consommation. Le rapport explique que cette « Croissance sans prix » est un des causes de la défaillance d’entreprises à l’échelle mondiale qui devrait augmenter de 1% en 2016 et 2017. Enfin, le rapport met l’accent sur l’impact des délais de paiement surtout pour les PME. C’est ainsi que 20 millions de PME européennes font face au risque financier, et que 41% d’entre elles affirment que les impayés compromettent leur développement. Le rapport Euler Hermes prévoit en outre les taux de croissance suivant pour 2016 : 1,9% pour les Etats-Unis, 1,6% pour la zone euro, 4,6% pour l’Asie, 2,1% pour le Moyen-Orient, et 2,5% pour l’Afrique. Il prévoit par contre une récession de -3,5% pour le Brésil, -1,0% pour la Grèce, -0,9% pour la Russie.
Pour ce qui est du Maroc, l’effet du Brexit n’a pas eu de conséquences importantes pour son économie. Ses échanges avec le Royaume-Uni sont assez marginaux, et l’effet du Brexit sur l’Union européenne qui est notre principal marché d’exportation a été faible. La croissance de l’économie marocaine est surtout dépendante de la production agricole. C’est ainsi que le rapport Euler Hermes prévoit une croissance inférieure à 2% en 2016. Rappelons que le HCP prévoit de son côté 1,6% en 2016. Le principal effort pour le Maroc est de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’agriculture en développant l’industrie et le secteur tertiaire. Pour développer ses exportations, le Maroc doit élargir sa gamme de produits exportables et diversifier ses marchés d’exportation.

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